Nuancier des couleurs végétales

Jouer sur les couleurs en associant les plantes

Les plantes sont riches en colorants. Cette richesse permet, en teinture végétale, d’élargir la palette des couleurs naturelles en jouant sur les plantes et les bains successifs.

Comment faire ?

De deux manières. Il y en a certainement d’autres. Je vous parle de celles que je connais.

Avant de commencer, deux définitions s’imposent pour s’y retrouver :

  • Le premier bain : il s’agit du bain le plus chargé en colorant ou en mordant organique. C’est le bain avec lequel on teint pour la première fois.
  • Le(s) bain (s) d’épuisement : il s’agit du (des) bain(s) moins chargé(s) en colorant ou en mordant organique. C’est le jus qui reste après le premier bain. On peut le réutiliser une fois, deux fois… voire plus avec certaines plantes très riches en colorant, comme le campêche.

En teinture végétale, rien ne se perd. Les nuances végétales s’enrichissent au fil des bains de plantes différentes. Je vous explique.

Composer des couleurs végétales avec l’indigo

Le bleu indigo une couleur de « pied »

L’indigo fait du bleu et rien que du bleu. Un bleu plus ou moins sombre et intense en fonction du nombre de trempage et de la charge d’indigo dans la cuve.

Mais l’indigo permet d’ouvrir la porte vers un champ des couleurs beaucoup plus large. Les maîtres teinturiers le savent bien. Beaucoup de couleurs sont faites avec de l’indigo, grâce à un « pied » d’indigo. L’indigo est utilisé comme première teinture, comme premier bain.

Comment concrètement réaliser un « pied » d’indigo ?

Les fibres sont teintes dans une cuve d’indigo. La cuve au henné est celle que je préfère et peut être utilisée sur tout type de fibres : laine, soie, lin, coton… Puis ces fibres sont rincées, lavées, essorées. On peut les faire sécher pour une utilisation ultérieure ou s’en servir immédiatement pour une nouvelle teinture.

Composer de nouvelles couleurs avec le bleu indigo

Une fois teintes en indigo, les fibres peuvent être plongées dans un second bain de teinture. On parle alors de sur-teinture. Si l’étape de mordançage est nécessaire pour la plante en question, elles sont mordancées puis plongées dans un bain de teinture.

Quelques suggestions d’associations de l’indigo avec d’autres plantes :

  • Indigo et lac : pour des marrons, rouge brique, bleu soutenu
  • Indigo et rhubarbe : pour des verts, verts bleus, bleus verdâtres
  • Indigo et campêche : pour des bleu sombre, violet
  • Indigo et bois rouge : des violets, violets bleutés…

Les nuances varieront en fonction de l’intensité du bleu et de la quantité de colorant dans votre bain de plante utilisée en sur-teinture :

  • soit il s’agit du premier bain pour des couleurs soutenues,
  • soit il s’agit d’un bain d’épuisement pour des nuances plus subtiles.

En résumé, ces couleurs végétales, dites couleurs composées, se font en plusieurs étapes :

  1. Teinture à l’indigo,
  2. Rinçage, lavage, essorage,
  3. Mordançage végétal si nécessaire,
  4. Sur-teinture avec une autre plante.

Nuancer les couleurs végétales

En teinture végétale, on nuance aussi les couleurs par bains successifs de plantes différentes.

Associer les plantes qui ont les mêmes affinités

Dans ce cas, il est important d’associer les plantes qui ont le même besoin pour exprimer la couleur : mordant, PH, qualité de l’eau…

C’est pourquoi je vous propose d’associer :

  • bois rouge et campêche : pour des violets, des roses violacés, violet rosés.
  • lac et rhubarbe : pour des orangés.

Comment faire concrètement ?

Prenons l’exemple de la rhubarbe et du lac.

Teindre dans premier bain de rhubarbe pour un jaune soutenu (en suivant les étapes du kit). Conserver le bain. C’est le bain d’épuisement.

Réutiliser le bain d’épuisement pour teindre de nouvelles fibres (les explications sont dans le kit) pour un jaune plus clair.

Teindre dans un premier bain de lac les fibres préalablement teintes avec le bain d’épuisement de rhubarbe. Pour des nuances d’orangés.

On peut aussi imaginer deux bains successifs avec le premier bain de chaque plante ou, à l’inverse, avec le bain d’épuisement de chacune des plantes.

Prendre le temps de jouer sur les nuances

Contrairement à l’indigo, il n’est pas nécessaire de rincer ou de laver les fibres entre les deux bains de teinture végétale.

Si le temps vous manque entre les deux bains, vous pouvez laisser sécher votre fibre pour une utilisation ultérieure et conserver votre bain quelques temps dans un contenant hermétique. Vous pouvez même le congeler. Il paraît que ça fonctionne bien. Je ne suis pas en mesure de vous le confirmer. Je n’ai pas de congélateur.

La succession des bains n’est pas le seul facteur de nuances

Les nuances varieront d’abord en fonction de la quantité de colorants restant dans les bains mais aussi en fonction de :

  • la qualité de l’eau,
  • le temps de cuisson du bain,
  • la nature de la fibre teinte (celles qui figurent sur les photos sont réalisées avec la laine de mohair mérinos),
  • l’intensité du mordant : un bain d’épuisement de plante à mordant offre des couleurs plus claires,
  • l’humeur de la teinturière !

Ce procédé permet ainsi d’épuiser ses bains tout en faisant de la couleur végétale. Une fois qu’ils sont bien épuisés, vous pouvez les composter tant que vous n’utilisez que des plantes, tout comme moi.

Dans vos premières expériences, je vous conseille de ne pas chercher une couleur en particulier, vous risquez d’être déçu(e).

Il est plus instructif et gratifiant de multiplier les expériences en accueillant toutes les couleurs que la plante peut offrir.
C’est ma démarche lorsque je cuisine des couleurs avec les plantes.

Certaines nuances vous décevrons, d’autres vous enthousiasmeront. En faisant ainsi, vous apprendrez à jouer sur les couleurs. Notez chacune de vos étapes, de vos expériences pour pouvoir les refaire, même si le résultat n’est jamais totalement identique. Avec un peu d’expérience, vous vous ferez votre propre nuancier de teinture végétale. La palette des couleurs naturelles à offrir à vos laines et textiles devient infinie.

Bonne teinture !

Partager